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Appel à com : Apprendre une langue, devenir autre ? Mises en récit et en scène de l’altérité dans la fiction et les expériences vécues – janvier 2027 Grenoble

Colloque international 28-29 janvier 2027, Université Grenoble Alpes

Les propositions de communications d’environ 500 mots, accompagnées d’une bio-bibliographie, seront à déposer :

Colloque organisé par Clémence Jaime (Litt&Arts) et Catherine Muller (LIDILEM)

Dans le roman Leçons de grec (trad. fr. 2017), de Han Kang, la protagoniste coréenne fait le choix d’apprendre le grec ancien. Elle cherche ainsi à « retrouver le langage par sa propre volonté. […] S’il y avait eu des cours de birman ou de sanscrit, deux langues qui ont recours à des systèmes scripturaux qui lui sont encore plus étrangers, elle les aurait choisis sans hésiter » (p. 22). Au contraire, dans nombre de récits d’apprentissage linguistique, surtout en contexte d’exil, la langue apprise est liée à une violence et une dépossession plutôt qu’à un retour vers ce qui serait une harmonie originelle. 

L’apprentissage des langues peut s’inscrire dans des rapports de pouvoir, de domination ou de résistance, où la rencontre avec l’altérité linguistique engage des enjeux politiques, identitaires et historiques. Il mobilise également le corps, la voix, la posture et les affects, participant à une forme d’incorporation de l’altérité. Enfin, il peut être envisagé non comme l’acquisition d’une langue isolée, mais comme une reconfiguration du répertoire plurilingue du sujet, impliquant des circulations, des tensions ou des recompositions entre les langues (Castellotti, 2017).

La mise en récit, et en scène, de l’apprentissage d’une langue, dans les œuvres littéraires comme dans les récits d’expérience didactique, s’inscrit dans une perspective biographique attentive à la construction du sujet plurilingue (Molinié, dir., 2006). Elle s’accompagne fréquemment de discours sur le degré d’altérité (Dabène, 1994 ; Galligani, 2019) perçu ou construit de la langue, ainsi que de supposés effets de ce processus sur le sujet qui apprend, qui pourrait devenir « comme un autre » (Ricoeur, 1990). Elle peut également se manifester à travers des procédés textuels tels que l’insertion de segments en langue étrangère, la traduction ou au contraire le maintien d’une forme d’opacité linguistique, invitant le lecteur à faire lui-même l’expérience de l’altérité, ainsi que par des choix d’écriture qui rendent sensible l’altérité linguistique (Cros & Godard, dir., 2022 ; Woerly, 2024).

Ce colloque international propose d’explorer la manière dont l’apprentissage des langues, présenté comme une expérience d’altérité et de transformation de soi, est mis en récit, en scène et en discours. Dans une approche interdisciplinaire croisant sciences du langage, didactique et études littéraires, il vise à interroger les représentations de cette expérience, qu’elle apparaisse comme vecteur d’harmonie ou d’hospitalité linguistique (Cassin, 2012) ou qu’elle inscrive le locuteur dans des rapports de force et de domination symboliques et politiques. Le regard porté sur ces questions, à travers des corpus relevant de la fiction, des arts ou des récits d’expériences vécues, permettra de mettre au jour des processus de subjectivation ainsi que des représentations contrastées (Moore, dir., 2001). Dans cette perspective, les imaginaires associés aux langues peuvent également se donner à voir à travers des dispositifs visuels, qui constituent d’autres formes de mise en scène de l’expérience d’apprentissage, donnant accès à la manière dont celle-ci est vécue, perçue et mise en forme par les sujets eux-mêmes, notamment dans des approches récentes mobilisant des méthodes graphiques et réflexives (Kalaja & Melo-Pfeifer, dir., 2024).

Ces tensions entre altérité, transformation et rapports de pouvoir se manifestent dans des contextes variés. Nabil Wakim a ainsi récemment souligné combien la langue arabe est taboue en France (2020), tandis qu’Émilie Picherot a mis en exergue, à partir de l’étude d’humanistes européens du XVIe siècle, les pouvoirs d’« altération » associés à cette langue (Picherot, 2023). À l’inverse, Akira Mizubayashi, dans Une langue venue d’ailleurs (2010), raconte ses efforts pour incorporer le français, dont la culture et la musicalité sont sources de désir, mettant en jeu des dynamiques d’attraction, de projection et d’identification à la langue. Altération, devenir autre, subjectivation, transformation de soi ou encore incorporation de la langue étrangère constituent autant de notions que ce colloque se propose d’explorer.

Il s’agira alors d’examiner comment les expériences d’appropriation linguistique, en tant qu’expériences de transformation et de rencontre avec l’altérité, sont données à voir dans différents types de productions (littérature, cinéma, théâtre, récits autobiographiques, biographies langagières, entretiens avec des apprenants, dessins réflexifs…). Que nous disent ces représentations des imaginaires linguistiques, des rapports aux langues et des processus de subjectivation ? Plusieurs axes, non exhaustifs, sont envisagés pour explorer ces questions. 

Axe 1. Distance et proximité : éprouver l’altérité

  • Perception de la distance linguistique et culturelle
  • Familiarité / étrangeté / « xénité »
  • Insertion de segments plurilingues et effets d’étrangeté 

Axe 2. Désir et crainte de transformation

  • Devenir autre / rester soi
  • Transformations souhaitées ou redoutées
  • Tensions au sein de l’identité liées à l’apprentissage

Axe 3. Expériences sensibles et incarnées de l’altérité linguistique

  • Dimensions corporelles de l’expérience linguistique (voix, prononciation, posture, gestualité)
  • Affects, émotions et rapports sensibles aux langues
  • Place et rôle des expériences esthétiques et artistiques dans les récits d’apprentissage

Axe 4. Langues, altérité et rapports de pouvoir

  • Représentations idéologiques des langues
  • Hiérarchies linguistiques et imaginaires sociaux
  • Tensions entre appropriation, résistance et formes de domination

Modalités de soumission

Les propositions de communications d’environ 500 mots, accompagnées d’une bio-bibliographie, seront à déposer sur le site SciencesConf du colloque https://alteriteal.sciencesconf.org/, avant le 15 juin 2026.

Le colloque aura lieu les 28-29 janvier sur le campus de l’Université Grenoble Alpes.

Une publication des travaux est prévue à l’issue du colloque. 

Références bibliographiques

  • Cassin, B. (2012). Plus d’une langue. Bayard.
  • Castellotti, V. (2017). Pour une didactique de l’appropriation. Diversité, compréhension, relation. Didier.
  • Cros, I. & Godard, A. (dir.). (2022). Écrire entre les langues. Littérature, traduction, enseignement. Éditions des archives contemporaines.
  • Dabène, L. (1994). Repères sociolinguistiques pour l’enseignement des langues. Hachette.
  • Galligani, S. (2019). Les notions de distance vs. proximité symbolique dans une démarche biographique : illustration avec des récits narratifs de futurs enseignants de FLE. Colloque Didactique des langues et plurilinguisme. 30 ans de recherche, 14 novembre 2019. Université Grenoble Alpes. 
  • Kang, H. (trad. fr. 2017). Leçons de grec. Le serpent à plumes.
  • Kalaja, P. & Melo-Pfeifer, S. (2024). Visualising Language Students and Teachers as Multilinguals: Advancing Social Justice in Education. Multilingual Matters. 
  • Molinié, M. (dir.). (2006). Biographies langagières et apprentissage plurilingue. Le français dans le monde – Recherches et applications, n° 39.
  • Mizubayashi, A. (2010). Une langue venue d’ailleurs. Gallimard.
  • Moore, D. (dir.). 2001. Les représentations des langues et de leur apprentissage. Références, modèles, données et méthodes. Didier.
  • Picherot, E. (2023). La Langue arabe dans l’Europe humaniste, 1500-1550. Classiques Garnier.
  • Ricœur, P. (1990). Soi-même comme un autre. Éditions du Seuil.
  • Wakim, N. (2020). L’arabe pour tous. Pourquoi ma langue est taboue en France. Éditions du Seuil.
  • Woerly, D. (2024). Le continuum hétérolingue dans les bandes dessinées de la migration : de l’effet de réel à l’expérience plurilingue. Language Education and Multilingualism – The Langscape Journal, 7, 14‑29.

Organisatrices du colloque 

  • Clémence Jaime (ATER, Université Grenoble Alpes, Litt&Arts)
  • Catherine Muller (MCF HDR, Université Grenoble Alpes, LIDILEM)

Conférencières invitées

  • Stéphanie Galligani, Université Grenoble Alpes, LIDILEM
  • Anne Godard, Université Sorbonne Nouvelle, DILTEC

Comité scientifique 

  • Maria Helena Araújo e Sá, Université d’Aveiro, Portugal
  • Sara de Balsi, Cergy Université, France
  • Ariane Bayle, Université Jean Moulin Lyon 3, France
  • Béatrice Blin, Universidad Nacional Autónoma de México, UNAM, Mexique
  • Lucile Cadet, Cergy Université, France 
  • Véronique Castellotti, Université de Tours, France
  • Catherine David, Aix-Marseille Université, France
  • Fryni Doa, Université de Chypre, Chypre
  • Rosa Maria Faneca, Université d’Aveiro, Portugal
  • Catherine Felce, Université Grenoble Alpes, France
  • Pauline Franchini, Université Jean Moulin Lyon 3, France
  • Elżbieta Gajewska, UKEN, Pologne
  • Stéphanie Galligani, Université Grenoble Alpes, France
  • Anne Godard, Université Sorbonne Nouvelle, France
  • Sanae Harada, Université Sophia, Japon
  • Linda Koiran, Mines Paris, PSL, France
  • Diana Lee-Simon, Université Grenoble Alpes, France
  • Véronique Lemoine-Bresson, Université de Lorraine, France
  • Dora Loizidou, Université de Chypre, Chypre
  • Dominique Macaire, Université de Lorraine, France
  • Sílvia Melo-Pfeifer, Universität Hamburg, Allemagne
  • Mona Mohsen, Université Ain Shams, Egypte
  • Muriel Molinié, Université Sorbonne Nouvelle, France
  • Danièle Moore, Simon Fraser University, Canada
  • Małgorzata Niziołek, UKEN, Pologne
  • Émilie Picherot, Université de Lille, France
  • Alexis Pignol, Université Grenoble Alpes, France
  • Anthippi Potolia, Université Paris 8, France
  • Josilene Pinheiro-Mariz, Université Fédérale de Campina Grande, Brésil
  • Julia Putsche, Université de Strasbourg, France
  • Agathe Salha, Université Grenoble Alpes, France
  • Érica Sarsur, Universidade de São Paulo, Brésil
  • Maria Victoria Soule, Université de Chypre, Chypre 
  • Dimitra Tzatzou, Université de Rouen, France
  • Monica Vlad, Université de Constanta, Roumanie 
  • Camille Vorger, Université de Lausanne, Suisse
  • Donatienne Woerly, Université Sorbonne Nouvelle, France
  • Safa Zouaidi, Université de Gabès, Tunisie

Compte rendu du Colloque “Écriture du ‘Je’ dans la langue de l’Exil” (14 au 16 décembre 2018 )

Colloque international : “L’Écriture du ‘je’ dans la langue de l’exil,” tenu à Paris (ENS-Ulm) du 14.12 au 16.12.2018 et organisé par Isabelle Grell-Borgomano (« Genèses d’autofictions » ITEM/ENS/CNRS) et Jean-Michel Devésa (EA EHIC, Université de Limoges)

Ce riche colloque ayant compté plus de vingt-cinq interventions de chercheurs et d’écrivains concernés par la thématique de l’écriture du je dans la langue de l’exil, l’objectif n’est pas d’en proposer ici un compte rendu détaillé, d’autant qu’une publication des actes est prévue courant 2019 chez EME Éditions. Des communications dont la liste est reproduite ci-dessous (dans l’ordre chronologique), avec en gras les libres interventions d’écrivains, on tentera de dégager certains questionnements transversaux.

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Annonce : colloque international “L’écriture du ‘je’ dans la langue de l’exil”

Paris ENS-Ulm 14-16 décembre 2018

Colloque organisé par Isabelle Grell-Borgomano (« Genèses d’autofictions » ITEM/ENS/CNRS) et Jean-Michel Devésa (EA EHIC, Université de Limoges, France)

Ecole Normale Supérieure

45 rue d’Ulm, 75005 Paris

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Parution : Alain Ausoni, Mémoires d’outre-langue. L’écriture translingue de soi

Alain Ausoni, docteur de l’université d’Oxford et maître d’enseignement et de recherche à l’Université de Lausanne, publie:

Mémoires d’outre-langue. L’écriture translingue de soi, Genève, Slatkine Erudition, 2018.

ISBN : 978-2-05-102824-0

Extrait de la 4e de couverture et du sommaire :

Explorant des textes autobiographiques contemporains jugés significatifs, cet essai propose une cartographie des poétiques translingues et montre ce que la pratique d’une langue étrangère fait à l’écriture de soi.

Auteurs étudiés : Andreï Makine, Hector Bianciotti, Vassilis Alexakis, Nancy Huston, Agota Kristof et Katalin Molnár.

Écriture et plurilinguisme

Pluralité des langues, écriture en français

Nous envisageons ici la langue française à travers le prisme du rapport entre les langues et à travers celui du choix d’écriture.

Dimension historique

Colinguisme, plurilinguisme : le français a toujours été au contact d’autres langues.

On peut faire remonter les questions de représentation des langues les unes par rapport aux autres et spécifiquement du point de vue de leur valeur en tant que moyen d’expression littéraire au Moyen Âge, avec, par exemple la « défense et illustration » du roman par Benoît de Sainte-Maure. Le XVIe siècle où, comme l’écrit Boileau, on « parlait latin en français » est si riche de questionnements sur le français et les langues qu’on y reviendra souvent. La réflexion sur les règles de la communication, le choix d’un « usage commun » et sur l’identité linguistique des écrivains y est centrale. Certaines problématiques du XVIe siècle nous reviennent étonnamment modernes dans L’Eloge de la créolité et les revendications à la fois linguistiques et poétiques qui l’habitent.

Ouverture géographique

C’est à partir du XXe siècle que la question du choix d’une langue d’expression littéraire dans un contexte plurilingue s’est massivement ouverte au-delà des frontières hexagonales. La diversité des situations linguistiques des pays francophones, les mouvements migratoires, l’entrée dans l’écrit de langues jusqu’alors orales constituent autant de situations de contacts et de confrontations qui s’inscrivent dans l’œuvre et dans la vie des écrivains. Les textes autobiographiques où la question de l’identité linguistique est présentée comme essentielle à la constitution de l’œuvre littéraire abondent. Ils nous permettent d’approcher du laboratoire intérieur où les expériences langagières sont transformées et remodelées par l’écriture qui les formule. Leur exploration est passionnante pour qui s’intéresse à la fois à la langue française et aux processus d’écriture.

Le carnet s’intéresse à plusieurs dimensions du plurilinguisme :

LECTURES / AUTOUR DES OEUVRES

Représentation du français

par rapport aux autres langues pratiquées par les écrivains, que l’on se situe dans un contexte géographique plurilingue ou dans une dynamique de migration,

Parcours langagiers des écrivains

qu’ils aient une œuvre bilingue ou qu’ils aient le français comme seule langue d’expression littéraire,

Œuvres hétérolingues

c’est-à-dire proposant une représentation littéraire de la pluralité des langues.

Ce carnet propose de présenter ces questions pour elles-mêmes, à travers l’analyse d’œuvres réflexives d’écrivains confrontés à la pluralité des langues et cherchant à définir et donner sens à leur pratique en fonction de leur parcours personnel, de leur projet littéraire et des représentations qu’ils se font du français en tant que langue d’écriture.

 

ECRITURES / TRANSMISSION / APPRENTISSAGE

L’écriture et la construction – langagière – de soi

Nous proposons également de réfléchir à la manière dont l’acte d’écriture en lui-même peut constituer, pour un locuteur plurilingue, un travail de  construction de soi, en particulier dans le cadre de l’écriture autobiographique.

Réflexivité et formation

Dans cette perspective, nous nous rapprochons des démarches réflexives encouragées en didactique des langues à travers la tenue de journaux ou de carnet de formation ou l’écriture d’autobiographies langagières, comme c’est le cas dans le Master de didactique du français et des langues de l’université Sorbonne Nouvelle-Paris 3 où nous intervenons.

Contributions

Ainsi ce carnet pourra s’ouvrir à des textes personnels – réflexifs, autobiographiques, fictionnels poétiques – où des locuteurs, eux-mêmes plurilingues, pourront formuler leur propre cheminement dans l’adoption du français comme langue, sinon d’écriture littéraire, du moins d’expression et, dans certains cas, d’enseignement.

Expérimentations

Ce carnet permettra également de rendre comptes d’expériences pédagogiques d’écriture créative menées avec des étudiants plurilingues.